Ce coup de gueule d'Eric Plat est parti d'un fait marquant pour Atol. L'enseigne a, en effet, pris un de ses opticiens adhérents, propriétaire de 3 magasins, en flagrant délit de fraude. Forte du nom du client et de celui de la mutuelle, elle a donc contactée cette dernière pour l'avertir. Mais la mutuelle a temporisé et n'a pas donnée suite. A l'inverse, Atol a choisi de rompre son contrat avec l'opticien fraudeur. Cependant, la mutuelle ayant refusé de témoigner devant le tribunal de commerce, cette rupture de contrat a coûté 200 000 euros à Atol.
Ce refus de témoigner de la part des complémentaires santé n'est pas isolé. Comme l'a rappelé Eric Plat, l'une des fraudes découverte était réalisée grâce à un salarié de la complémentaire santé, qui délivrait à son complice opticien des accords de prise en charge pour des produits qui ne devaient pas être remboursés. Là encore, la complémentaire n'a pas souhaité témoigner au tribunal au côté de l'enseigne.
L'union fait la force
S'il concède que les complémentaires santé luttent également contre les fraudes, il appelle à travailler ensemble sur cette problématique pour plus d'efficacité en portant les affaires ensemble devant les tribunaux et en mettant en place une solution blockchain, comme celle proposée par le Rof (Rassemblement des opticiens de France). Interrogé sur le peu d'entrain des complémentaires santé pour cette solution, il souligne que dans le système proposé, les flux sont anonymisés pour que l’information circule du fabricant à opticien à la complementaire santé. Ainsi, lorsque l'opticien fait un devis pour une monture et 2 verres, il est certain que ce sont bien ces produits qui sont délivrés au client et pas autre chose.
Eric Plat dénonce donc le statu quo actuel qui pénalise la profession mais aussi les clients. "Parce qu'en arnaquant ainsi la mutuelle, il ne faut pas s'étonner qu'ensuite les tarifs des mutuelles augmentent" explique-t-il.
Nous pourrions lutter d'une façon beaucoup plus efficace si les complémentaires santé acceptaient de le faire main dans la main avec les opticiens. Ils le font seuls souvent, en imposant d'ailleurs aux opticiens tout un tas de procédures extrêmement lourdes qui n'empêchent pas cette fraude. Il faut bien le dire. Toutes ces procédures que chaque mutuelle décide d'appliquer pour lutter contre cette fraude n'ont pas d'effet.
Rappelant que la fraude était l'affaire de tous "car notre intérêt est qu’il y ait le moins de fraude possible sur ce marché, qu’il n’y ait pas de concurrence deloyale et que l'image de notre enseigne ne soit pas entachée par ces opticiens minoritaires et fraudeurs.", il est aussi revenu sur les procédures longues et lourdes propres à chaque complémentaire et qui rendent le parcours client très coûteux. "Parce que ce parcours client, c'est aujourd'hui à peu près 20% du prix d'une paire de lunettes. C'est-à-dire que la gestion du tiers payant par l'opticien, c'est du temps-homme. Et ce temps-homme, ça a un coût, il est répercuté sur les lunettes".
En conclusion, il a réitéré son appel à plus de coopération pour libérer les opticiens honnêtes de "cette charge complètement dingue" dont ils patissent au nom d’une stigmatisation générale de la profession.