Délai d'accès à un ophtalmologiste: une amélioration saluée par une récente étude

Le 22 Mai 2026

Une étude sur l’accès aux soins en France (Cartes de France 2026 de l’accès aux soins), réalisée par Doctolib et la Fondation Jean-Jaurès, confirme que les délais d’accès à un ophtalmologiste sont en amélioration constante, malgré des disparités persistantes.

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L’étude souligne que l’enjeu n’est pas de former davantage de médecins, mais de mieux organiser le temps médical disponible grâce à deux leviers organisationnels complémentaires : la télé-expertise et la coordination des soins. L’ophtalmologie et un exemple de cette nouvelle organisation performante avec des délais divisés par plus de 2 en huit ans (CSA/SNOF, 2025), à effectifs quasi constants, grâce au travail aidé (85% des praticiens) et à la réorganisation de la filière. Malgré tout, hors médecine générale, l’ophtalmologie reste sur le podium des délais les plus longs. Avec 21 jours, cette spécialité est 3ème derrière la cardiologie (42 jours) et la dermatologie (32 jours).

L’âge moyen diminue

ophtalmo infographie
Le nombre d’ophtalmologistes est relativement stable (4421) après un pic de départs à la retraite entre 2018 et 2023 et un début de renouvellement générationnel. L’âge moyen de la profession diminue, en effet, depuis 2018, passant de 54 à 52 ans. Toutefois, avec 37 % d’ophtalmologues libéraux de 60 ans ou plus (en diminution) et seulement 21 % de moins de 40 ans (en augmentation), la contrainte démographique reste réelle à moyen terme (SNDS, 2025). En considérant l’ensemble des modes d’exercice (libéral, mixte et salarié), la pyramide des âges apparaît plus jeune : les médecins de 60 ans et plus ne représentent plus que 21 % des effectifs, tandis que les moins de 40 ans en constituent déjà 33 % (CNOM, 2026).

Une organisation qui fonctionne

La densité nationale s’établit à 6,5 ophtalmologues libéraux pour 100 000 habitants, en recul de 0,6 point depuis 2015, pour une densité tous modes confondus de 9 pour 100 000 habitants, niveau proche de la moyenne européenne (SNDS, 2025). Mais de gros écarts départementaux subsistent dans les délais : de 5 jours (Seine-Saint-Denis) à 153 jours (Gers), soit un rapport de 1 à 30. Le mode d’exercice est essentiellement libéral (57 %), les salariés hospitaliers ne représentant que 7 % des effectifs et le mode mixte 23%. Cela permet une certaine souplesse d’adaptation de l’offre, s’accompagne d’inégalités territoriales et financières (concentration de l’offre en secteur 2, dépassements d’honoraires), qui limitent l’accessibilité dans les territoires et populations les moins favorisés (IRDES, 2026).

Le développement du travail aidé peut, en partie, pallier ce problème en recentrant l’activité médicale sur les actes à plus forte valeur ajoutée. Enfin, près de 15 % des praticiens exercent sur plusieurs lieux, avec 626 cabinets supplémentaires répartis sur le territoire, constituant le principal levier de la réduction des délais observée depuis plusieurs années (CSA/SNOF, 2025).

Une structure de rendez-vous particulière

La nature des soins ophtalmologiques est largement orientée vers le suivi et le contrôle, qui représentent la majorité des consultations. Les demandes de soins non programmés, liées à l’apparition de symptômes, sont plus rares mais cette dualité permet une réponse différenciée selon le niveau d’urgence. Pour des consultations liées à des symptômes, le délai médian est significativement plus court (4 jour). La file active élevée (4 211 patients par praticien) et en progression confirme que la réduction des délais repose sur des gains d’efficience organisationnelle, et non sur une augmentation des effectifs. À effectifs quasi constants, les ophtalmologistes ont réussi à réduire significativement les délais tout en augmentant le volume de patients suivis. Le travail aidé a largement contribué à cet état de fait mais ces évolutions positives restent limitées par la répartition territoriale des professionnels. L’étude rappelle que les orthoptistes sont majoritairement implantés dans les mêmes territoires que les ophtalmologues, ce qui limite leur capacité à corriger les déséquilibres, mais ne donne pas de piste pour remédier à cela.

Cette amélioration de l’accès aux soins visuels a été réalisée avec une démographie ophtalmologique stable. Malgré cela, les ophtalmologistes ont su répondre aux défis de l’augmentation de la demande de soins. Cela a été possible grâce à une transformation profonde de la filière visuelle depuis dix ou quinze ans avec une coopération entre les « trois O » (orthoptistes, opticiens, ophtalmologistes). (…) La filière visuelle a donc répondu au challenge actuel et semble bien préparé pour les défis de demain : pathologies liées au vieillissement et au développement des pathologies chroniques, amélioration de la prévention (dépistage, freination de la myopie), réduction des déplacements des patients à mobilité réduite, utilisation pertinente et déontologique de la télémédecine… 

Dr Vincent Dedes, président du SNOF