Un bilan encore à établir
Parmi les milliers de commerces saccagés et pillés en marge des manifestations du 17 octobre, les magasins d'optique paient un lourd tribut. Le cas de Jean-François Porte, président du ROF, illustre la gravité des dégâts subis par certains opticiens. À Tours, l’un de ses magasins Edgard Opticiens a été pillé de fond en comble puis incendié. Sur LinkedIn, il a partagé les images du point de vente sinistré et livré un commentaire amer : « Cette année, Edgard Opticiens fête ses 25 ans. Hier soir, nous avons soufflé une drôle de bougie. ».
D’autres enseignes ont également été touchées, notamment à Lille, Rennes, Paris et Lyon.
À l’échelle nationale, le bilan reste à consolider. La Fédération du commerce et de la distribution, évoque environ 1 500 commerces touchés, tandis que CCI France a avancé le chiffre de 2 000 points de vente.Ces estimations témoignent de l’ampleur des violences, sans permettre, à ce stade, de mesurer précisément les pertes propres au secteur de l’optique.
La filière présente en effet une vulnérabilité particulière face aux pillages. La FNOF souligne la « facilité de transport, revente et non traçabilité des montures », qui expose les magasins à ce type de vols. Au-delà des marchandises dérobées, les dégradations peuvent également compromettre la reprise de l’activité et peser sur les équipes.
« Derrière chaque commerce d’optique vandalisé, il y a bien plus qu’une vitrine brisée », a commenté Stanislas Guedj, président du groupe Point Vision dans un poste LinkedIn. Une réalité qui dépasse le seul coût des réparations et des marchandises perdues.
Recenser pour être entendus
Pour défendre les intérêts de la profession, la FNOF cherche à établir un état des lieux aussi complet que possible. Dans un communiqué publié le 18 octobre, son président, Hugues Verdier-Davioud, a exprimé la solidarité de la Fédération envers les opticiens concernés
La Fédération demande donc à tous les professionnels touchés, adhérents ou non, de lui transmettre leur bilan à fnof@fnof.org, avec le mot « émeutes » en objet. Ils doivent préciser la ville concernée, le nombre de magasins touchés, le nombre de salariés concernés et la nature des dégâts, ainsi que les démarches engagées auprès des assureurs. « Plus la liste des magasins touchés sera exhaustive, plus nous serons entendus », précise Hugues Verdier-Davioud.
Le ROF se mobilise auprès des opticiens sinistrés. Son président, Jean-François Porte, assure que le syndicat les accompagnera dans leurs démarches auprès des assureurs et fabricants : “Vous ne serez pas seuls.”.
De son côté, le GIFO réaffrime son soutien aux professionnels touchés : "Nous nous engageons à rester aux côtés de nos clients, en restant à l’écoute de chaque situation pour apporter un soutien concret.”
Aides publiques et accompagnement bancaire
Plusieurs mesures ont été annoncées par le Gouvernement pour aider les entreprises sinistrées à préserver leur activité.
- Premier volet : préserver l’emploi. Le dispositif exceptionnel d’activité partielle doit être pris en charge intégralement par l’État, sans reste à charge pour les employeurs concernés. Les salariés empêchés de travailler percevront une indemnité correspondant à 60 % de leur rémunération brute, avec une prise en charge à 100 % pour les salariés rémunérés au Smic. Les entreprises sont invitées à consulter la FAQ du ministère du Travail pour connaître les modalités applicables à leur situation.
- Deuxième volet : soulager la trésorerie. Les entreprises sinistrées pourront demander un report pouvant aller jusqu’à douze mois pour le paiement des cotisations patronales des trois prochains mois. Un étalement des charges fiscales est également prévu, sans frais ni majoration. Les entreprises concernées doivent se rapprocher de leur service des impôts gestionnaire.
- Troisième volet : financer la reprise. À la demande du gouvernement, Bpifrance doit proposer un prêt à taux zéro pouvant atteindre 50 000 euros sur trois ans.
Un fonds de soutien spécifique est également annoncé pour les entreprises de moins de 50 salariés ayant subi des dommages importants et une perte d’activité. Les conditions précises d’attribution doivent encore être communiquées.
Les banques et assurances en soutien
Les banques et assureurs mettent également en place des dispositifs dédiés. Le groupe BPCE prévoit notamment un traitement accéléré des déclarations de sinistres, des acomptes pour les situations les plus difficiles et des solutions de financement. Un prêt express à 2,5 %, plafonné à 30 000 euros, est notamment proposé aux clients concernés, ainsi que des possibilités de report d’échéances au cas par cas.
Pour toute question sur les dispositifs publics, un numéro d’information dédié aux entreprises a été mis en place : 0 806 807 807.
Le ROF appelle à la vigilance
À l’approche des manifestations prévues ce jeudi 22 et samedi 24 octobre, le ROF appelle les opticiens à prendre leurs précautions, en lien avec les autorités locales : sécuriser les vitrines, mettre à l’abri les marchandises exposées et adapter les horaires selon les risques identifiés.
Les opticiens sont donc invités à se rapprocher de leur préfecture, des référents sécurité de la police ou de la gendarmerie et de leur CCI pour évaluer les risques et adapter leurs mesures de protection. En cas de danger immédiat, il convient de ne pas intervenir et d’appeler le 17 ou le 112.