Un héritage sous tension depuis 2022
Tout part de la disparition de Leonardo Del Vecchio, fondateur de Luxottica, en juin 2022. Sa participation dans Delfin — la holding luxembourgeoise qui contrôle 32,4 % d'EssilorLuxottica, ainsi que des positions significatives dans Generali, Banca Monte dei Paschi di Siena et UniCredit — est alors répartie à parts égales entre ses huit héritiers. Une gouvernance à huit têtes qui, quatre ans plus tard, paralyse toujours les grandes décisions de la holding, dividendes compris.
La tentative de rachat qui a tout fait basculer
Au printemps 2026, Leonardo Maria Del Vecchio, alors président de Ray-Ban et directeur de la stratégie du groupe, engage des négociations pour racheter les parts de deux de ses frère et sœur, Luca et Paola. L'opération, financée par un montage à effet de levier soutenu par UniCredit, BNP Paribas et Crédit Agricole, doit porter sa participation dans Delfin de 12,5 % à 37,5 %, faisant de lui l'actionnaire de référence. L'objectif affiché : débloquer une gouvernance à l'arrêt. Mais l'opération divise la fratrie — deux héritiers saisissent la justice luxembourgeoise pour faire fixer le prix de leurs parts — et le montant en jeu, de l'ordre de 10 à 12 milliards d'euros, complique le montage.
La rupture d'août
Le 25 août, coup de théâtre : Leonardo Maria Del Vecchio démissionne de tous ses mandats opérationnels (présidence de Ray-Ban et direction de la stratégie), avec effet au 31 août. Dans sa lettre au conseil, il dénonce une gouvernance devenue « distante » et « impersonnelle », reprochant à la direction de Francesco Milleri de s'être éloignée des salariés. Il reste actionnaire via Delfin, mais quitte le dernier poste opérationnel encore occupé par un enfant du fondateur au sein du groupe. Fait révélateur : son départ suit de quelques mois celui de son demi-frère Rocco Basilico, jusque-là responsable des montures connectées et de la marque Oliver Peoples, parti après des désaccords sur l'avenir de Delfin.
Le conseil serre les rangs
Le 9 septembre, alors que le titre est retombé à son plus bas niveau depuis près de quatre ans, le conseil d'administration d'EssilorLuxottica réaffirme à l'unanimité sa confiance dans Francesco Milleri et le directeur général délégué Paul du Saillant. Une clarification qui ne referme pas le dossier : Leonardo Maria Del Vecchio a laissé entendre que la reconduction de Milleri à la présidence de Delfin, l'an prochain, n'était pas acquise.
Pourquoi cela concerne aussi les opticiens français
Au-delà du feuilleton familial, c'est la gouvernance du premier fournisseur mondial de verres et de montures qui reste en suspens. Un groupe dont dépendent, directement ou indirectement, une large partie des approvisionnements de la distribution française, qu'elle soit indépendante ou sous enseigne. Une instabilité prolongée à la tête de Delfin pourrait peser sur les orientations stratégiques du groupe (rythme des rachats, arbitrages entre marques) au moment même où EssilorLuxottica accélère sur les lunettes connectées.