La FNOF veut inscrire l’opticien au cœur du parcours de santé visuelle

Le 04 Novembre 2026

Et si l'opticien de demain ne vendait plus seulement des lunettes ? À l’occasion de son séminaire, la Fédération nationale des opticiens de France (FNOF) a esquissé les grandes lignes d’un manifeste destiné aux candidats à l’élection présidentielle. Au programme : une évolution des missions de la profession, une réforme de la formation et une meilleure reconnaissance économique des prestations réalisées par les opticiens.

Par la rédaction
OPTICIEN

Élargir le rôle de l’opticien dans le parcours de soins

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Hugues Verdier-Davioud, président de la FNOF.
Pour la FNOF, l’avenir de la profession passe par une évolution profonde du rôle de l’opticien dans le système de santé. Face à un modèle économique qu'elle juge de plus en plus fragilisé par la pression sur les prix des équipements, les réseaux de soins et la hausse continue des charges, la Fédération appelle à ne plus faire de la vente de lunettes le principal ressort de l’activité. Elle défend une autre vision du métier : celle d’un professionnel de santé de proximité, ancré dans son territoire, pleinement intégré au parcours de soins visuels.

Dans le manifeste qu’elle souhaite adresser aux candidats à la présidentielle, elle plaide pour un élargissement des missions de l’opticien, dans le cadre de coopérations renforcées avec les ophtalmologistes et les orthoptistes. Présents sur l’ensemble du territoire, « au contact des gens », les opticiens pourraient contribuer davantage au repérage des troubles visuels et à leur suivi. La télé-expertise permettrait notamment de « désenclaver les territoires ».

Une filière qui peine à garder ses talents

Tout commence par une refonte de la formation. Car la filière perd ses jeunes, constate Hugues Verdier-Davioud. Selon le président de la FNOF, deux ans après leur formation, une grande partie des diplômés quittent l'optique. Le sujet est d'autant plus sensible que l'apprentissage pèse lourd. Hugues Verdier-Davioud rappelle qu'aujourd'hui environ un contrat sur deux est un contrat d'apprentissage, financé par France Compétences. Le montant consacré à ces contrats dans la filière est passé de 44 millions d'euros en 2021 à 77 millions en 2025. Pour le président, ce chiffre dit quelque chose du modèle en place : « Le modèle économique que nous avons s'appuie sur l'optimisation de masse salariale, et quand tout le monde commence à optimiser les masses salariales, ça veut dire qu'on a un problème. »

Pour l'universitarisation du diplôme

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La FNOF souhaite ainsi faire évoluer le cursus vers un parcours universitaire en trois ans, sur le modèle LMD. « Nous avons 30 ans de retard », constate Hugues Verdier-Davioud. Une première année pourrait être mutualisée avec les orthoptistes, dont la formation est déjà universitaire. Les écoles et les organismes de formation ne seraient pas mis de côté. Ils disposent des équipements, des locaux et des enseignants, et resteraient pleinement utiles sous la tutelle de l'université. « Il n'est pas question de tuer les organismes de formation », assure le président de la FNOF.

Le programme serait également enrichi de nouvelles matières, comme le droit – « notre métier touche au secret médical, au code de la santé publique, au code du commerce » – et les nouvelles technologies. « Les lunettes connectées arrivent en magasin, mais personne n'explique aux patients comment elles fonctionnent », commente Hugues Verdier-Davioud.

La FNOF entend aussi préserver la filière des baccalauréats professionnels. Les titulaires de bac pro, aujourd'hui cantonnés à un rôle secondaire, pourraient occuper des fonctions techniques et de support en magasin, notamment à l'atelier. Formés à ces fonctions, ils pourraient prendre en charge le montage, l'impression 3D ou encore s’occuper de la remise en bon état d'usage des équipements et de l'appui administratif. L’objectif affiché : mieux répartir les compétences et permettre aux opticiens diplômés de se consacrer davantage à leurs missions de santé.

Faire reconnaître et rémunérer les prestations

L'objectif de cette universitarisation du diplôme est en effet d'élargir les missions des opticiens. Car, selon la FNOF, les opticiens vont devenir un « élément central de la santé visuelle ». « Demain, l'œil sera probablement l'organe le plus important du corps humain », avance Hugues Verdier-Davioud. Aujourd'hui, on y repère le diabète et les problèmes de tension. Demain, on y détectera aussi la maladie d'Alzheimer, les maladies cardiaques. L'enjeu est clair pour le président de la fédération : « Si nous n’allons pas chercher le rôle que nous pouvons avoir grâce aux montures connectées et à l’IA, nous avons tout perdu. »

Cette transformation répond aussi à une nécessité économique. La filière subit un effet ciseau : d'un côté, les prix et les garanties baissent sous la pression des réseaux, des plateformes et des complémentaires santé, avec un pouvoir d'achat des Français qui recule ; de l'autre, les opticiens souffrent de la hausse des loyers, des charges fixes et des prix d'achat, dans un contexte inflationniste. Le constat est d'autant plus sévère que des magasins continuent de s'ouvrir sans que le nombre de prescriptions augmente. Aujourd'hui, la profession ne vit que sur la marge de la délivrance de l'équipement, et cette marge s'effrite, constate Hugues Verdier-Davioud. Le projet de la FNOF est ainsi d’étendre à l’avenir l’activité des opticiens à un large éventail de prestations, parmi lesquelles la santé au travail, l'accompagnement des entreprises, le sport, les pratiques avancées, le suivi et le repérage à différents âges de la vie – la petite enfance, l'entrée dans la lecture, le permis de conduire et l'entrée à la faculté, la sortie de la vie active, le grand âge (EHPAD). La fédération plaide pour que la profession puisse librement facturer ces prestations, estimant que ces services peuvent répondre à des besoins de santé tout en contribuant à la viabilité économique des magasins. L'idée est de confier à l'opticien la possibilité de réaliser des examens de vue et de référer à l'ophtalmologiste par la téléexpertise. « Si, au bout de quelque temps, on constate que le dispositif fonctionne, sans abus ni dérive, il n'y a aucune raison que la santé visuelle en pâtisse, puisque l'appui de l'ophtalmologiste est maintenu », assure Hugues Verdier-Davioud.

L'intelligence artificielle ouvre également de nouvelles perspectives ; elle permettrait de repérer des pathologies dans les magasins. « On pourrait aller encore plus loin, ajoute le président de la fédération. Si aucune pathologie n'est détectée et si l'évolution de la vue justifie un changement, la prescription pourrait être confiée à l'opticien. »

La FNOF veut porter une nouvelle vision du métier : celle de l'opticien de santé.

Hugues Verdier-Davioud, président de la FNOF

Une transformation à dix ans

La vision du métier que défend la Fédération – l’opticien de santé – ne pourra se concrétiser immédiatement. La réforme de la formation, si elle aboutit, nécessitera plusieurs années avant de produire ses effets sur le terrain. « Pour arriver à cela, il va falloir dix ans », commente Hugues Verdier-Davioud. En présentant ce manifeste aux candidats à la présidentielle, la Fédération entend donc ouvrir un chantier de long terme : faire évoluer la formation, élargir les missions des opticiens et donner une valeur économique aux services rendus. Reste à convaincre les autres professions de santé. Hugues Verdier-Davioud reconnaît que le chantier ne sera pas simple avec les autres acteurs de santé concernés et qu'il demandera du temps. Il indique avoir déjà engagé le dialogue avec leurs représentants. « Nous avons toutes les raisons d'y croire, affirme le président de la FNOF. Même si toutes les nouvelles ne sont pas bonnes et que la profession n'a pas toujours bonne presse, l'opticien est loin d'être mort. »