La téléexpertise optique dans le viseur des ophtalmologistes

Le 03 Septembre 2026

Le Syndicat national des ophtalmologistes de France (Snof) alerte sur les dérives de la téléexpertise optique et demande un encadrement renforcé de ces dispositifs. Dans le même temps, il annonce déposer plainte à l’encontre de plusieurs acteurs et prescripteurs des sociétés de téléexpertise.

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Le Snof s'alarme des retards de diagnostic engendrés par la téléexpertise, rappelant qu'une consultation d’ophtalmologie permet, outre l'évaluation de la correction visuelle, de dépiser des pathologies pouvant entraîner des dommanges irréversibles. Ainsi, plus de 5000 patients ayant obtenu une ordonnance optique via certains dispositifs de téléexpertise seraient atteints d’un glaucome qui n’a pas été dépisté (Donnée estimée sur la prévalence de la maladie glaucomateuse en France et calculée sur 300 000 patients/clients annoncés par les plateformes de téléexpertises). 

En parallèle, le syndicat constate que 30 à 40% des prescriptions réalisées via certains dispositifs de téléexpertise concerneraient des lentilles de contact (estimations basées sur analyse des données de facturation d’équipements optiques), ce qui est 4 à 5 fois supérieur aux chiffres observés en consultation présentielle. Un écart surprenant qui interroge d'autant plus que les dépenses consacrées aux lentilles correctrices étaient de 861 millions d’euros en 2024 (source Drees) alors que les données du groupe Contactologie du GIFO (Groupement des Industriels et Fabricants en Optique) évaluaient à environ 400 millions d’euros le chiffre d’affaires de ce marché. Cette différence pourrait, selon le Snof traduire un usage détourné du forfait « lentilles » proposé par certains organismes complémentaires d’assurance maladie (OCAM),

Les grandes métropoles reines de la téléexpertise

Alors que la téléexpertise optique est  présentée comme une réponse aux difficultés d’accès aux soins, la majorité des examens liés à ces dispositifs sont réalisés dans de grandes métropoles, notamment Paris, Marseille, Toulouse ou Lyon qui ne sont pas des déserts médicaux (voir cartes ci-dessous). 

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Ces données sont issues de l’analyse des demandes de remboursement d’équipements optiques adressées à la complémentaire santé Alan et portent, à ce titre, sur les données d’un seul organisme. Néanmoins, leur extrapolation à l’ensemble des OCAM laisse néanmoins penser que ces praticiens pourraient avoir généré plusieurs milliers d’ordonnances pour des patients situés à plusieurs centaines de kilomètres, sans qu’aucun examen médical n’ait été réalisé. Le Snof en conclut que ces solutions sont essentiellement utilisées à visée commerciale pour des magasins installés en zone concurrentielle.

Le Snof appelle donc à renforcer l’encadrement de la téléexpertise par:

  • La mise en place d’un agrément obligatoire des sociétés pratiquant la téléexpertise, sur le modèle de celui prévu pour les sociétés de téléconsultation,
  • La mise en place d'une traçabilité complète des prescriptions, de leur réalisation jusqu’à la délivrance des équipements optiques, afin que les ordonnances issues de télémédecine puissent être clairement identifiées et contrôlées.
  • Le renforcement des contrôles par l’Assurance Maladie sur les ordonnances issues de téléexpertises optiques. Dans cette même logique, les échanges entre l’Assurance Maladie et les organismes complémentaires doivent permettre de mieux identifier les pratiques frauduleuses.

Des plaintes déposées

Le conseil d’administration du Snof a voté à l’unanimité le dépôt de plainte ordinale à l’encontre de plusieurs acteurs et prescripteurs de ces sociétés de téléexpertise. Au vu des cartes de localisation des patients présentées à titre d’exemple, le syndicat trouve, en effet, difficile à croire que les deux médecins partenaires de ces sociétés de téléexpertise optique puissent satisfaire pleinement à leurs obligations déontologiques.

Le Snof sollicitera l’avis du CNOM (Conseil national de l'ordre des médecins) sur ces pratiques.