Une croissance qui a surpris jusqu'aux acteurs eux-mêmes
Selon les résultats financiers d'EssilorLuxottica, plus de 7 millions de paires Ray-Ban Meta et Oakley Meta ont trouvé preneur en 2025, soit le triple des volumes cumulés de 2023 et 2024. Vendues à partir de 329 €, positionnées comme des accessoires de mode avant d'être des objets technologiques, elles ont installé Meta et son partenaire manufacturier exclusif en tête d'un marché encore balbutiant il y a trois ans.
La demande a d'ailleurs dépassé les prévisions industrielles : les objectifs de production, initialement fixés à 10 millions d'unités pour la fin 2026, auraient été relevés à près de 20 millions, avec un scénario haut évoqué autour de 30 millions selon les conditions de marché. Revers de cette popularité : le lancement européen (France comprise) du modèle Ray-Ban Display, doté d'un écran intégré, a été repoussé au profit du marché américain, où les listes d'attente s'étireraient jusqu'en 2026.
De nouveaux entrants bousculent la donne
Meta ne sera plus seul très longtemps. Google prépare, avec Samsung, une gamme de « lunettes intelligentes » reposant sur la plateforme Android XR et l'assistant Gemini, déclinée en deux familles : des lunettes audio, dont le lancement est annoncé dès septembre 2026, et des lunettes à affichage, prévues plus tard. Apple serait également sur les rangs, tandis que Snap a créé une filiale dédiée, Specs Inc., pour développer ses propres lunettes de réalité augmentée. Sur le segment d'entrée de gamme, des acteurs comme Xiaomi ont déjà présenté des alternatives à bas coût.
Le Silmo d'Or acte la maturité de la catégorie
Signe que l'industrie optique elle-même ne considère plus ce segment comme un simple gadget. Les Silmo d'Or 2026 comptent, pour la première fois, une catégorie « Smart Eyewear » à part entière, avec cinq nominés :
- Even G2 (Even Realities),
- The Luxury AI Glasses (Getd & Marienfeld),
- Meta Ray-Ban Display (EssilorLuxottica),
- AirGo V2 & Privacy Kit (Solos)
- Et Vonder Intelligent Eyewear.
Une reconnaissance qui place ces produits sur le même plan que les innovations verrières ou les montures de créateurs.
Quelle place pour l'opticien indépendant ?
Sur le marché français, la réponse la plus visible reste celle d'Afflelou, dont la Magic Connect — récemment enrichie de nouvelles fonctionnalités — illustre la volonté d'un réseau structuré de s'emparer du sujet plutôt que de le laisser aux seuls géants américains de la tech.
Pour l'indépendant, la question est moins tranchée. Une partie de la distribution de ces produits échappe structurellement au circuit opticien classique car Meta commercialise ses Ray-Ban directement, y compris en version corrigée. Le risque de désintermédiation sur ce segment est réel. Mais plusieurs leviers restent entre les mains du professionnel de santé visuelle :
- L'adaptation de verres correcteurs sur des montures connectées, qui suppose une expertise que la vente en ligne ne remplace pas ;
- Le conseil sur les usages et surtout sur la confidentialité — les lunettes à caméra intégrée soulèvent des questions de consentement des personnes filmées, un terrain sur lequel l'opticien peut jouer un rôle pédagogique ;
- La formation des équipes de vente à un vocabulaire et à des objections entièrement nouveaux, à mi-chemin entre l'optique traditionnelle et l'univers de la high-tech grand public.
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