Lunettes reconditionnées : les opticiens encore frileux

Le 03 Juin 2026

C’est le constat dressé par les participants de la table ronde organisée par Lunettes de Zac et Atol la semaine dernière. Un état de fait qui n’est cependant pas immuable, comme l’ont souligné les parlementaires, opticiens et représentants de complémentaires présents. Diverses pistes de développement du dispositif ont été abordées.

high angle man putting down his glasses desk

Alors que 47% des Français se disent prêts à choisir des lunettes reconditionnées, peu sont disponibles en magasins. « Les lunettes 2nde main font peur aux opticiens, qui ont du mal à les voir comme des produits traditionnels. » souligne Eric Plat, PDG d’Atol. L’enseigne, partenaire stratégique des Lunettes de Zac depuis l’an passé, propose actuellement des montures reconditionnées dans 80 points de vente et souhaite étendre le dispositif à tous les magasins de son réseau d’ici la fin de l’année. Une volonté saluée par Ophélie Vanbremeersch, fondatrice de Lunettes de Zac, tout comme les avancées législatives (décrets d'application de la loi AGEC, publiés en janvier 2026) qui ont récemment donné un cadre réglementaire à la remise en bon état d'usage des montures. La jeune entrepreneuse rappelle que la mise sur le marché de lunettes reconditionnées est un enjeu environnemental tout autant qu’économique (pouvoir d’achat, souveraineté économique, réindustrialisation, etc.). Elle se félicite également de l’intérêt des parlementaires et des organismes complémentaires pour le reconditionnement des montures et espère donc une évolution rapide des choses.

Des propositions concrètes

Pour développer les ventes de lunettes reconditionnées, Eric Plat propose notamment que les montures reconditionnées bénéficient d’une TVA de 5.5%. Un avis partagé par le député Fabrice Roussel, favorable à une TVA circulaire pour les dispositifs médicaux reconditionnés.

Ce dernier estime que ce type de dispositif est très important pour l’avenir de l’emploi et des activités dans le pays, mais doit bénéficier d’un cadre clair qui sera un des enjeu de la prochaine loi de financement de la Sécurité sociale. Julie Lassus, collaboratrice du député Thibault Bazin, a, elle aussi, souligné l’importance d’un cadre réglementaire, notamment sur les codes LPP, pour pouvoir déclencher un remboursement. En effet, si Les Lunettes de Zach disposent d’un code LPP, il est essentiel que d’autres suivent, avec éventuellement un système de labellisation des usines de reconditionnement. Les organismes complémentaires sont totalement en adéquation avec ces orientations, comme l’ont confirmé Jérôme Rehlinger, DG de M comme Mutuelle et Lionel Fournier, directeur impact et santé durable d’Harmonie Mutuelle. Tous s’accordent cependant sur le fait qu’il faudra, pour que le dispositif se développer vraiment, convaincre les consommateurs. « Il faut convaincre les opticiens, qui ensuite convaincront les consommateurs, complète la députée Agnès Firmin-Le Bodo, ancienne ministre de la Santé, Mais aussi, assurer la pérennité de la filière. » Pour cela, une réindustrialisation est envisagée, avec des usines de reconditionnement dans les teritoires.

Enfin, Eric Plat a évoqué la mise en place d’une prime pour la vente de monture reconditionnée dans le cadre du 100% Santé, à l’image de celle dont bénéficient les magasins délivrant 65% d’équipements en panier A, et appelé à mettre en place, dans notre secteur, la Responsabilité élargie du producteur (Rep) afin d’avoir facilement à disposition toutes les informations sur le produit lors de son reconditionnement.