Myopie : de la prévention à la freination

Le 18 Septembre 2026

Réunis le 17 septembre à Paris à l’initiative d’Optic 2000 et de l’Institut français de la myopie (IFM), professionnels de santé, chercheurs et industriels ont dressé un état des lieux de la progression de la myopie et des solutions thérapeutiques. Avec un objectif affiché : mieux outiller les professionnels de terrain face à un enjeu de santé publique qui concerne de plus en plus d’enfants.

Par la rédaction
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« Nous devons tous nous sentir concernés. » En ouverture de la soirée organisée le 17 septembre à Paris par Optic 2000 et l’Institut français de la myopie (IFM), Sandrine Ladoux, directrice Communication Santé RSE de l'enseigne, a posé le cadre. Face à la progression de la myopie, la prévention et la prise en charge doivent mobiliser l'ensemble de la filière de la santé visuelle et reposer sur un parcours de soins coordonné. Le partenariat noué entre Optic 2000 et l’IFM, et présenté lors de l'évènement, s’articule ainsi autour de trois axes : la formation des opticiens, la prévention et la recherche clinique.

Une prévalence en progression

Le chiffre est désormais bien connu : selon la projection publiée par Holden et al. en 2016, près de la moitié de la population mondiale pourrait être myope en 2050. En France, une étude de 2022 estime qu'environ 15 % des enfants de 2 à 12 ans sont déjà concernés, comme l'a rappelé la Pr Aude Couturier, ophtalmologiste et directrice générale de l'IFM. Au-delà de la prévalence, les spécialistes réunis lors de la soirée ont surtout insisté sur les risques de complications. Le risque de perte visuelle augmente avec le degré de myopie et devient particulièrement préoccupant dans les formes fortes.

La myopie forte est généralement située au-delà de –6 dioptries. La longueur axiale constitue également un marqueur important, avec un seuil de 28 mm régulièrement retrouvé dans les complications de la myopie pathologique. Selon les données présentées, le risque de complications augmenterait d’environ 1,5 fois pour chaque dioptrie supplémentaire et de trois fois pour chaque millimètre supplémentaire de longueur axiale. La Dr Elise Philippakis, ophtalmologiste et directrice médicale de l’IFM, a recensé les principales atteintes associées à la myopie forte : maculopathies atrophiques ou tractionnelles, décollements de rétine, glaucomes, cataractes, néovaisseaux myopiques et neuropathies optiques. Elles sont « non exclusives les unes des autres », a précisé la spécialiste.

Pour les professionnels de la santé visuelle, l’enjeu est donc double : contribuer à freiner l'évolution de la myopie chez l’enfant et savoir repérer les facteurs de risque pour orienter le plus précocement possible. L’apparition de corps flottants ou de flashes constitue notamment un signal qui doit conduire à recommander rapidement un examen du fond d’œil. Les lésions périphériques peuvent en effet rester asymptomatiques avant de se compliquer.

Freiner tôt, suivre dans le temps

Chez l’enfant et l'adolescent, il s’agit de prévenir puis d'intervenir avant que l’allongement axial ne conduise, à terme, à des degrés de myopie associés à un risque accru de complications. L'IFM a conçu un protocole de prise en charge sous forme de triptyque : prévention, diagnostic et prise en charge, freination. Le Dr Thibault Chapron, ophtalmologiste à l’hôpital Fondation Rothschild à Paris, a ainsi rappelé plusieurs habitudes qui doivent être encouragées. Le temps passé à l’extérieur constitue l’un des messages récurrents. L'exposition à la lumière du jour agit comme un véritable frein biologique à la croissance de l'œil : deux heures quotidiennes d'exposition à la lumière extérieure suffiraient à diviser le risque de myopie par trois. La réduction du temps prolongé en vision de près – règle des 20-20-20 – et l’adoption de pauses régulières sont également mises en avant.

Concernant le diagnostic, la réfraction sous cycloplégie est jugée « indispensable » afin de disposer d’une mesure fiable. Le suivi de la longueur axiale permet ensuite d’apprécier la dynamique de croissance de l’œil. Lorsque la progression justifie une intervention, plusieurs solutions de freination peuvent être envisagées, notamment les verres à segments défocalisés, les lentilles défocalisantes et l’orthokératologie ou encore l’approche médicamenteuse (atropine à 0,05 %). En cas d'évolution reste trop importante, le Dr Chapron recommande une approche graduée : « Face à un enfant qui progresse plus que ce qui est attendu normalement, il faut d’abord vérifier la compliance, c’est-à-dire le port du traitement. Si le traitement n’est pas porté, il n’est pas efficace. Ensuite, soit on change pour une autre méthode, soit on passe à une bithérapie. » La prise en charge s’inscrit donc dans un suivi régulier, avec une adaptation au cas par cas.

L'opticien, au cœur du repérage

Informer, repérer, orienter et accompagner : le rôle de l’opticien face à la myopie ne se limite plus à la délivrance d’une correction. C’est l’un des messages forts de cette rencontre. « Il y a un rôle du quotidien, un rôle d’information, de prévention, de sensibilisation », ont rappelé les experts, soulignant le manque persistant de connaissance du phénomène auprès du grand public. L’opticien, en tant qu'acteur de proximité, doit pouvoir identifier les signes d'alerte et les facteurs de risque. L’apparition de corps flottants ou de flashes doit conduire à recommander rapidement un examen du fond d’œil. Plus largement, une baisse visuelle brutale, des déformations ou une modification inhabituelle de la vision doivent inciter à orienter le patient vers l’ophtalmologiste. Cette vigilance suppose un dialogue renforcé entre les différents professionnels. « Il faut qu’il y ait un vrai partenariat, a insisté la Pr Aude Couturier, dans une logique de coopération entre opticiens, ophtalmologistes et orthoptistes. »

Côté industrie et recherche

Côté industriels, la soirée a également permis de mettre en lumière les dernières avancées en matière de freination myopique. CooperVision a présenté MyDay MySight 1D, une lentille journalière qui associe la technologie ActiveControl de MySight – fondée sur des anneaux de défocalisation – à un matériau silicone-hydrogel plus perméable à l’oxygène, afin d’améliorer le confort et la tolérance au port.

Essilor a lancé Stellest 2.0, nouvelle génération de verres reposant sur la technologie H.A.L.T. et intégrant des micro-lentilles plus asphériques, destinées à renforcer l’effet de freinage sur l’allongement axial. 

La recherche n'est pas en reste. L’IFM entend développer une recherche structurée autour de la myopie. L’objectif est notamment de constituer des cohortes européennes, alors qu’une part importante des travaux disponibles provient encore d’Asie. L’Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild a lancé au printemps, l’étude de cohorte prospective PREMYOM1000, portant sur l’évolution de la croissance oculaire chez les enfants myopes. En combinant des examens ophtalmologiques complets à un recueil prospectif d’images de haute qualité de la rétine et de la cornée, ce projet vise à mieux comprendre les mécanismes de la croissance oculaire et les différences interindividuelles observées dans les stratégies thérapeutiques visant à ralentir la progression de la myopie. La cohorte PREMYOM1000 constitue une étude clé du projet PREMYOM dont l’ambition est de développer des verres personnalisés pour prévenir et freiner la myopie.

L’institut travaille également sur des outils d’analyse d’images et sur des applications d’intelligence artificielle destinées à faciliter la détection de certaines complications, notamment des néovaisseaux myopiques. Autre projet présenté : l’exploitation de la base de prescriptions d’un réseau d’opticiens afin d’étudier les prévalences de la myopie et de la myopie forte selon les départements et les classes d’âge, puis de croiser ces données avec des paramètres environnementaux comme l’ensoleillement ou la pollution.