QUAND LA CHINE PROGRESSE DANS BEAUCOUP DE DOMAINES MAIS PAS DANS CELUI DES ÉQUIPEMENTS PROGRESSIFS

Le 01 Avril 2026

Paradoxalement, le géant asiatique, régulièrement en tête dans de nombreux domaines et à la pointe des avancées technologiques, accuse encore un certain retard dans le secteur des verres multifocaux.

Par Bernard Galan
medium shot old woman library

L e salon international de l’optique de Shanghai permet, chaque année, de mesurer à quel point les industriels chinois sont de plus en plus efficaces à proposer non seulement des produits de qualité en lunetterie, mais aussi en instruments et en verres ophtalmiques.

Cette année, il n’y avait, par exemple, pratiquement aucun stand sans référence à l’IA.

Beaucoup de lunettes connectées, mais sans l’engouement observé l’année dernière et déjà des prix très bas proposés par de nombreux fabricants. Il faut souligner que la Chine applique avec une grande rigueur le droit à l’image, ce qui peut freiner le développement de cette catégorie.

Chez les verriers, l’accent est clairement mis sur les verres de freination de la myopie, entrainant un relatif recul de communi cation sur les verres progressifs. Le marché n’est toujours pas prêt et l’on peut se demander s’il le sera bientôt.

Plusieurs raisons peuvent expliquer cela:

  • Une forte hésitation des professionnels, médicaux et commer ciaux, à proposer une solution toujours très marginale et coûteuse pour la population.
  • Un manque de formation malgré les efforts importants des leaders mondiaux français, allemands et japonais. Il se combine avec un manque de pratique, ce qui revient à devoir rééduquer même les professionnels les plus assidus.

L’arrivée de meilleurs outils de prises de mesures, qu’un leader français présente comme, « Mettez un opticien dans votre tablette de prises de mesures et de démonstration très explicite des valeurs ajoutées », représente un espoir, mais il faudra attendre encore un peu.

C’est en prenant le métro que d’autres explications émergent. Dans l’une des principales métropoles chinoises, le nombre de porteurs apparaît éton namment limité. La myopie, elle, est bien répandue, mais n’est pas toujours compensée par le port continu de lunettes ou de lentilles. Ce n’est pas un problème de coût, puisque Shanghai est une ville prospère et qu’il y existe des magasins et des produits très bon marché..Il y a de la chirurgie réfractive, de la contactologie, et les premiers effets des solutions de freination de la myopie restent trop récents pour l’expliquer.

Non, il faut accepter l’idée que beau coup d’amétropes déchaussent, voire ne chaussent plus leurs lunettes. Alors comment font‑ils ? Cette question m’a amené à réfléchir sur le sujet. Et je pense que cela est dû au confort que cela leur procure en vision de près.

Et pourtant ils la sollicitent énormément, les modes de vie actuels privilégiant, le plus souvent, la vision de près, à travers les écrans de smartphones.

Les téléphones, et, plus généralement, les écrans augmentent les besoins en vision de près d’une population à forte tendance myopique et dont la presbytie est très largement compensée par ce défaut en vision de loin.

Un élément important, qui soutient ce point, est la très faible pénétration de doubles foyers et des lunettes de vision de près.

En attendant mon vol de retour, je remarque des voyageurs asiatiques rivés sur leurs téléphones et, posées sur la table, des paires de lunettes de vue… Serait‑ce une confirmation de mon ressenti?

N’ayant pas la prétention de pouvoir tirer des conclusions sur si peu de données, à l’époque du big data et de l’IA, et dans un pays aussi gigantesque, je laisse l’avenir confirmer ou infirmer cette ébauche d’analyse. Cela va certainement occuper les experts en marketing de notre indus trie par rapport à l’évolution des besoins en matière de vision, y compris à l’Ouest de la planète optique.

Quoiqu’il en soit, l’intelligence naturelle a toujours besoin de se nourrir du monde visuel, même ses objets sont de plus ne plus souvent générés par l’intelligence artificielle!