Il serait facile de regarder le palmarès du SILMO d’Or 2026 comme une simple succession de produits récompensés.
Ce serait passer à côté de l’information la plus intéressante. Cette année, plusieurs catégories liées à la technologie racontent une histoire commune.
Le SILMO d’Or Vision a été attribué à Mega Optic pour Evosight VR. Le produit associe un verre progressif à des mesures dynamiques réalisées en réalité virtuelle et à l’eye tracking. Les données issues de tests de vision binoculaire sont utilisées pour générer un code destiné à personnaliser le design du verre.
Dans la catégorie Matériel et Équipement, Nidek a été récompensé pour PHANTOM, présenté comme un système de réfraction binoculaire en champ ouvert combinant réfraction objective, subjective et tests d’acuité sur une même plateforme. Le fabricant indique également une réduction de plus de 60 % du temps d’examen par rapport aux méthodes conventionnelles. Puis vient Laclarée, récompensée pour ses lunettes autofocus destinées à la correction de la presbytie.
Enfin, la catégorie Smart Eyewear a distingué The Luxury AI glasses de GETD & Marienfeld, une monture intégrant notamment des fonctions d’intelligence artificielle, de suivi de santé, audio et localisation.
Quatre produits. Quatre approches différentes. Mais une même idée commence à apparaître.
La correction devient dynamique
La lunette traditionnelle est essentiellement statique. La puissance du verre est déterminée lors de la conception. Le centrage permet de positionner correctement cette puissance devant l’œil. La monture maintient l’ensemble.
Les innovations récompensées cette année ajoutent une autre dimension.
Evosight VR cherche à prendre en compte le comportement visuel du porteur lors de la personnalisation du verre. Laclarée cherche à adapter dynamiquement la mise au point. Les smart glasses ajoutent des capacités électroniques et informatiques à la monture. La différence est importante. On ne parle plus uniquement de fabriquer une meilleure correction.
On parle de fabriquer une correction qui tient davantage compte du comportement du porteur.
La biométrie entre dans la pratique
Evosight VR est probablement l’exemple le plus intéressant pour les opticiens.
Le système utilise plusieurs paramètres issus de tests de vision binoculaire réalisés dans un environnement immersif. Le temps de fixation pendant la lecture, la phorie de près, le punctum proximum de convergence et la vision stéréoscopique sont notamment pris en compte. Cela traduit une évolution importante de la philosophie de personnalisation. Pendant longtemps, personnaliser un verre signifiait essentiellement intégrer la prescription et les paramètres de port.
La nouvelle génération cherche à intégrer davantage de données sur la manière dont l'utilisateur se sert réellement de son système visuel. Pour l'opticien, cette évolution peut être intéressante car elle donne davantage de place à la compréhension du comportement visuel. Mais elle implique aussi une exigence supplémentaire. Plus le verre est personnalisé, plus la qualité des mesures initiales devient importante.
La réfraction elle-même se transforme
Le cas de PHANTOM est différent, mais la logique est comparable.
Le système récompensé par le SILMO combine plusieurs étapes de l'examen sur une plateforme en champ ouvert et cherche à reproduire des conditions de vision plus naturelles. Selon les informations publiées par le SILMO, des études cliniques rapportent une précision comparable aux méthodes conventionnelles et une réduction du temps d'examen annoncée de plus de 60 %.
L'intérêt pour l'opticien ne réside pas seulement dans le gain de temps. Une réfraction plus intégrée peut modifier le parcours de mesure. Le patient passe moins d'une étape à l'autre et les données peuvent potentiellement circuler plus facilement entre les différents modules de l'examen. La technologie ne remplace donc pas nécessairement le savoir-faire du professionnel. Elle cherche plutôt à lui fournir un environnement de mesure plus cohérent.
L'autofocus remet en question le verre progressif
La récompense attribuée à Laclarée est peut-être la plus facile à comprendre pour le grand public, mais elle pose une question de fond à toute la profession.
La lunette progressive est aujourd'hui la principale réponse optique à la presbytie lorsqu'on souhaite réunir plusieurs distances de vision dans un même équipement.
Elle demande toutefois un apprentissage. Le porteur doit apprendre à utiliser différentes zones du verre et à orienter son regard et sa tête en conséquence. L'autofocus propose une philosophie différente. Ce n'est plus le porteur qui doit sélectionner la bonne zone de vision. C'est la lunette qui cherche à sélectionner automatiquement la bonne puissance.
Cette approche est étudiée depuis plusieurs années. Des travaux expérimentaux sur des lunettes autofocus utilisant un suivi du regard et des capteurs de profondeur ont déjà montré qu'il était possible de commander automatiquement des lentilles à focale variable.
Le SILMO 2026 montre que cette idée continue désormais à progresser du côté de l'innovation industrielle.
Et l'IA arrive dans la branche
La Smart Eyewear récompensée cette année pousse encore plus loin cette logique.
The Luxury AI glasses de GETD & Marienfeld intègrent les fonctions électroniques dans les branches tout en conservant une monture conçue comme un produit lunetier. Le produit combine notamment interaction avec une IA, fonctions audio, réduction du bruit lors des appels, suivi de santé et localisation.
La différence avec les premières lunettes connectées est intéressante. L'électronique n'est plus nécessairement présentée comme la fonction principale. Elle devient une couche supplémentaire. La monture reste une monture. Elle peut simplement faire davantage.